La régionalisation, un virage nécessaire pour l’immigration au Québec

Publié le 08 septembre 2021

Le vieillissement de la population et le manque important de travailleurs dans certains secteurs d’activités placent la question de l’immigration et de sa régionalisation au cœur de l’actualité. Nous avons rencontré Doudou Sow, conseiller stratégique à la régionalisation de la main-d’œuvre immigrante pour Lanaudière économique, qui propose un nouvel éclairage sur ces enjeux.

« La pénurie de main-d’œuvre, comme la pandémie, a mis en lumière certaines problématiques liées à l’immigration », affirme Doudou Sow. Parmi elles, s’atteler aux « angles morts de la politique de régionalisation » devrait être, selon lui, une priorité.

Même si de nombreux facteurs contribuent à la rareté de main-d’œuvre dans certaines régions et certains secteurs d’activités, « l’immigration fait définitivement partie de la solution », estime M. Sow. Une position partagée par le Conseil du patronat du Québec, dont une récente analyse révèle que 94 % des entreprises peinent à recruter, et ce, alors qu’environ 180 000 postes vacants sont à combler à l’échelle de la province.

Un pas dans la bonne direction ?

À l’annonce du budget 2021-2022, le ministère de l’Immigration, de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) déclarait investir 57 M$ CAN sur deux ans pour favoriser la régionalisation et l’intégration des personnes immigrantes.

La plateforme Arrima, qui vise à mettre en cohérence l’immigration permanente et les besoins du marché du travail, mise également sur la régionalisation. Le nouveau système de pointage, utilisé afin de déterminer qui pourra être invité à soumettre sa demande formelle de sélection permanente, accorde 380 points aux ressortissants étrangers qui trouvent un emploi en région, contre seulement 180 s’il est situé sur le territoire de la Communauté métropolitaine de Montréal. Deux cents points de plus qui viennent s’ajouter aux nombreuses raisons de choisir la région, sous-entend M. Sow.

Il rappelle que le MIFI n’est pas le seul à s’être remonté les manches. « L’intégration est une responsabilité partagée », soutient-il, évoquant l’importance des organismes communautaires, des employeurs, des personnes immigrantes elles-mêmes et de nombreux autres acteurs dans la réussite d’un projet d’immigration en région.

Inverser la tendance

« La régionalisation est un projet de vie […] ce sont des personnes qui s’établissent en région de manière mûrement réfléchie parce qu’ils y vont aussi avec leur famille », explique M. Sow. Pour que les régions deviennent plus attirantes, d’après lui, il faut adopter « une vision holistique de l’immigration » : ne pas considérer les nouveaux arrivants uniquement comme des travailleurs, mais prendre également en compte leur milieu de vie dans son ensemble.

La « campagne de séduction » entreprise par certaines régions est loin d’être terminée. À titre d’exemple, la région de Lanaudière n’accueille que 2,2 % des personnes immigrantes de la province, et ce, en dépit de sa proximité avec Montréal.

Des pistes de solution ? Développer des outils promotionnels, des services d’accompagnement et, surtout, s’attaquer au défi que constitue la non-reconnaissance des diplômes et des acquis, cite entre autres M Sow.

« Dans les économies des régions, on a autant besoin des emplois qualifiés que des emplois peu qualifiés, affirme-t-il. Il vaut mieux sélectionner un journalier, un ouvrier, un manufacturier qui vient occuper un emploi dans lequel il sera plus à l’aise et motivé, que d’aller chercher quelqu’un qui a un doctorat et qui travaille dans les usines », poursuit-il, en évoquant que faciliter la reconnaissance des diplômes et des acquis est un facteur d’attractivité.

Détisser les préjugés

En janvier 2020, 83 % des personnes issues de l’immigration récente étaient installées dans le Grand Montréal. Aujourd’hui, plus de la moitié des emplois à combler se trouvent en région.

Un écart pouvant notamment être comblé « en expliquant aux personnes que les préjugés qu’on peut avoir sur les régions ne sont pas justifiés », juge M Sow. Il croit que de nombreuses personnes immigrantes craignent de ne pas être bien reçues s’ils choisissent de s’établir en dehors de la métropole, un a priori à déconstruire par la sensibilisation, de leur côté autant que celui de leur région d’accueil.

Le développement économique et la vitalité des régions en dépendent, insiste Doudou Sow, qui travaille à voir son rêve d’un Québec plus inclusif, où « les personnes [immigrantes] puissent se sentir appartenir à leur société, qu’elles deviennent des citoyens à part entière et non entièrement à part ».

Références :

Doudou Sow. État des lieux sur la régionalisation de l’immigration, Terrebonne, 2021, 270 p.

Doudou Sow. La nécessaire régionalisation de l’immigration : défis et pratiques innovantes, Terrebonne, 2021, 286 p.

Auteur : Adèle Suprenant
Adèle Surprenant est journaliste indépendante. Elle a travaillé en Amérique du Nord, au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Europe, et s’intéresse aux questions liées à la migration, au travail et aux mouvements sociaux.
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