Nahid Aboumansour : « Il faut oser l’inclusion »

Publié le 30 août 2021
Photo : Marie-Ève Larente

Les Petites-Mains, c’est un quart de siècle de formation et d’intégration socioprofessionnelle. Ce sont des milliers de femmes, la plupart issues de l’immigration, qui y ont découvert un métier, mais aussi une société d’accueil. Il s’agit avant tout d’un rêve : celui que Nahid Aboumansour a ramené dans ses valises, de son Liban natal à son Québec d’adoption.

« Dans notre tête, il y avait un pays tout en rose », se souvient Mme Aboumansour, trente-deux ans après son arrivée au Canada, le pays qu’elle et sa famille ont choisi pour bâtir leur vie. Plusieurs décennies après avoir quitté le pays du cèdre pour celui de l’érable, elle se rappelle être rapidement revenue de cette image.

Immigrante qualifiée… et déboussolée

Arrivée avec un diplôme et une expérience en tant qu’architecte, elle raconte avoir rencontré de nombreux obstacles, malgré le statut respectable qu’elle avait au Liban. « Les barrières étaient très difficiles à franchir », se désole-t-elle, déçue de ne pas avoir vu ses compétences reconnues. Même si Mme Aboumansour estime que « la réponse d’intégration pour les personnes immigrantes n’est pas à la hauteur des compétences des personnes qui viennent ici […] ni de leur envie de s’investir dans cette société-là », elle ne s’est pas découragée pour autant.

Les quelques mots de français avec lesquels elle est arrivée se sont très vite multipliés, notamment grâce à son implication auprès d’organismes de soutien aux personnes isolées et aux familles immigrantes. « C’était un échange extrêmement important, qui m’a beaucoup aidée pour parfaire mon français et apprendre le fonctionnement de la société québécoise », affirme celle qui y a trouvé la force de se reconvertir professionnellement, en aidant d’autres à s’intégrer.

Oser l’inclusion

L’organisme qu’elle a fondé en 1995 offre aujourd’hui des formations, principalement en couture industrielle et en cuisine. Des dizaines de femmes en bénéficient annuellement, avec un taux de placement de 64 % en 2019-2020. En plus de l’atelier textile et du café-traiteur, les Petites-Mains proposent aussi des cours de francisation multiniveaux, et un service d’accompagnement à la recherche d’emploi.

En 2018, le Royaume des Petites-Mains a ouvert ses portes, un CPE mis sur pieds pour permettre aux mères de famille de travailler. L’accès à une place en garderie n’est pas le seul barrage à l’emploi pour les femmes immigrantes, d’après Mme Aboumansour. En plus de souffrir de la non-reconnaissance de leurs diplômes, certaines sont confrontées à de la discrimination, qu’elle attribue à la « méconnaissance de l’autre ».

« Les employeurs doivent oser briser cette glace et embaucher des personnes immigrantes », estime-t-elle, ajoutant que l’inclusion passe par la sensibilisation. Fière de son expérience personnelle et professionnelle de l’intégration, elle croit qu’« on n’arrivera pas à briser cette peur sans plan bien structuré ».

Le plan visant à l’intégration socioprofessionnelle des personnes immigrantes doit, selon elle, être un projet collectif, mis en place par une panoplie d’acteurs : des ministères aux organismes, en passant par le secteur privé. Elle insiste sur la responsabilité des ordres professionnels, qui joueraient un rôle majeur dans l’accès à l’emploi pour les personnes formées à l’étranger.

Bâtir la solution, ensemble

La Politique québécoise en matière d’immigration, de participation et d’inclusion, de même que la campagne Ensemble, nous sommes le Québec, portées par le ministère de l’Immigration de la Francisation et de l’Intégration (MIFI) en 2016, constituent, d’après Mme Aboumansour, un pas dans la bonne direction. Le premier pas d’une longue marche vers une société plus inclusive, qui serait bénéfique pour l’ensemble de la société.

« Si on aime notre pays […], il faut inclure tout le monde dans son développement économique », poursuit-elle. Son organisme donne d’ailleurs l’exemple, en offrant un suivi aux employeurs ayant embauché des femmes formées à l’école des Petites-Mains. « Il faut leur montrer qu’ils ne sont pas seuls » soutient la co-fondatrice et directrice générale.

À l’entendre, l’immigration ne doit pas être uniquement comprise comme projet individuel, mais aussi comme un projet de société. Le secret de sa réussite ? Que « les personnes immigrantes se sentent impliquées, importantes », conclut Nahid Aboumansour. L’illustration que même de petites mains peuvent accomplir de grandes choses.

Auteur : Adèle Suprenant
Adèle Surprenant est journaliste indépendante. Elle a travaillé en Amérique du Nord, au Moyen-Orient, en Afrique du Nord et en Europe, et s’intéresse aux questions liées à la migration, au travail et aux mouvements sociaux.
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